« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »
Jean-Luc Nancy
Jésus a dit :
« Je me suis tenu au milieu du monde et je me suis manifesté à eux en chair et en os. Je les ai trouvés tous ivres. Je n’ai découvert parmi eux personne qui eût soif : mon âme a souffert pour les fils des hommes, parce que leur cœur est aveugle. Ils ne voient pas qu’ils sont venus au monde vides et qu’ils s’apprêtent à en ressortir aussi vides. Mais ils sont ivres ; quand ils auront cuvé leur vin, ils changeront d’attitude. »

Interrogé sur ce qui le motivait à faire des photographies, Jean Baudrillard expliquait que notre monde de l’image ne laisse plus place à l’absence. Il n’y aurait plus que la présence qui se donne à voir partout, sur tous les écrans. Le vide aurait disparu, ainsi que le silence, la solitude, la vacance. Or Baudrillard pensait qu’il était possible de faire des images où il y ait encore de la place pour tout ceci qui constitue l’humanité vraie (avant la marchandisation du monde). Il disait que pour cela il fallait se retourner sur les choses. Ne plus aller vers elles, mais les laisser venir à nous.
Ca m’a fait penser à cette nécessité souvent répétée dans le zen : ne pas faire un pas de plus en avant, mais faire un pas en arrière.
En dessinant cette speakerine (en la soustrayant au contexte où elle apparaît, en éliminant la couleur, le volume, la profondeur), j’ai l’ambition de la vider un peu de son imbécile présence de simulacre.