Ce dessin est une étude liée à un projet de réaliser un livre autour de la (courte) expérience de marin de mon frère.
Voici la présentation que j’ai adressée au Centre National du Livre pour lui demander une bourse d’écriture (qui m’a été accordée) :
Autant la mer
Il y a déjà un peu plus de dix ans, j'ai découvert le journal que tenait mon frère autour de son désir de vivre en "vagabond des mers". Il y racontait son désir fou d'abandonner le peu qu'il possédait pour aller vivre seul sur un petit voilier.
Cette lecture indiscrète m'a immédiatement bouleversé : d'un coup je découvrais l'intensité de la passion de mon frère, son idéalisme, ses doutes, ses peurs et sa très grande détermination.
Depuis, la rédaction de ce journal s'est poursuivie à mesure que mon frère est parvenu, tant bien que mal, à réaliser son rêve - au prix de le voir se briser.
Ce n'est que récemment que l'idée m'est venue de partir de ce journal pour en faire un livre. Le titre m’est venu très vite : Autant la mer.
Il y avait là la matière de ce qui m’a toujours passionné : un quotidien insatisfaisant, l’appréhension négative de ce que sera l’avenir si on laisse ce quotidien occuper tout l’espace, le désir de créer une rupture radicale, l’exaltation mêlée à la peur devant la possibilité de rompre avec toutes les habitudes. Et puis l’élaboration concrète d’un mode de vie extrêmement singulier, avec ses dimensions propres, les sacrifices qu’il impose, tous les défis qu’il tend et qu’il faut relever.
Très vite également, j’ai pensé que je pouvais associer des dessins à l’écriture. Non pas des illustrations, bien sûr, mais des dessins très libres dont les traits seraient la continuation de l’écriture, son prolongement en rêveries graphiques désinvoltes.
En parlant à mon frère de ce projet, je ne lui ai pas caché que j'étais embarrassé par le caractère extrêmement singulier du livre que j'envisageais : raconter son histoire en me l'appropriant, la réécrire de ma main, donner à lire son récit accompagné de mes dessins, eux-mêmes donnés à voir comme s'il en était lui-même l'auteur... Il y avait de quoi le déconcerter. Sa réponse n'a pourtant pas tardé : "Écoute, fais ce que tu veux de ces cahiers. Ils sont si loin de moi maintenant... C'est comme si cette histoire n'était plus la mienne."
Il ne s'agit pas d'ajouter des dessins au texte (ce qui reviendrait à se contenter de l'illustrer platement), mais plutôt de reprendre la matière même du texte, de la refondre, et d'en faire sortir le dessin. C'est-à-dire que le texte et le dessin doivent découler du même trait, et être posés sur le même plan. Le dessin devenant alors l'extension du texte, sa prolongation "hors piste" dans le vide de la page. On rejoint ainsi la tradition du "carnet de voyage", dont l'exemple le plus fameux, pour moi, est celui des "Carnets du Maroc" de Delacroix.
Pourtant, à la différence du traditionnel carnet de voyage, ce que je projette de réaliser comprendra peu d'exotisme et d'aventure saisie sur le vif. Car même s'il a bien tout abandonné pour vivre son un voilier, mon frère a en définitive assez peu navigué et il n'est pas parti aussi loin qu'il l'imaginait au départ. Ce qui fait que le contenu de son journal est pour une bonne part introspectif - ou "projectif". L'aventure y est bien vécue, mais modestement, et elle semble s'être dérobée à peine a-t-elle été frôlée.
Pour la réalisation de ce livre, j'envisage l’étude de documents les plus divers que je pourrais rassembler autour de la marine et de la navigation - refaisant le même travail de documentation technique qui a été nécessaire à mon frère pour apprendre comment se forment les vagues, quels sont les différents courants marins, et comment les voiles réussissent à utiliser la force des vents pour faire avancer le bateau sur l'eau...
C'est GENIAL!
La lecture de votre projet m'enchante plus que tout, autant par la forme que par le fond! Et puis ce partage entre votre frère et vous... Le projet de l'un prolongé par la réalisation de l'autre et vice-versa... Quelle belle fraternité, quelle belle humanité!
Et puis le sujet me touche par son sens, par tous les sens... Je me réjouie pour vous que vous ayez à partager ça, même si votre frère ne sait pas encore à quel point vous allez vous relier au-delà d'un giron commun...
Je vous envoie toutes mes pensées positives pour ce projet, si tant est que vous en ayez besoin!... Bravo et à bientôt pour le découvrir...