Samedi 3 janvier 2009
La veille du jour de l'an, j'ai regardé avec Anne un film bien connu et on ne peut plus de saison : Un jour sans fin (Groundhog Day, "Le jour de la marmotte"), de Harold Ramis, avec Bill Murray, sorti en 1993.

Vous en connaissez sûrement l'histoire : un présentateur de la météo (Bill Murray), part en reportage le 2 février, à l'occasion du "jour de la marmotte", dans une obscure ville de province qui lui fait horreur.
Mais une fois le sujet tourné, un blizzard le force à passer la nuit sur place. Le lendemain, la même journée recommence, ainsi que les jours suivants. Chaque matin, Bill Murray se réveille à la même heure, avec la même chanson diffusée par son radio-réveil. Il semble bloqué dans le temps.

Ce qui évite que le film ne soit la répétition à l'identique d'une même séquence pendante toute la durée du film, c'est que Bill Murray n'oublie pas chaque matin ce qu'il a vécu la veille. Il voit donc se répéter "le jour de la marmotte" avec angoisse, ne comprenant pas ce qui arrive, et sera vite tenté de tirer parti de la répétition d'une journée dont il connait assez vite le déroulement dans le moindre détail (tentatives vouées à l'échec, semble-t-il, puisque, quoi qu'il parvienne à faire d'extraordinaire, le matin suivant, tout repartira à zéro (un fichu zéro sordide, qui plus est, puisque pathétique "jour de fête de la marmotte" dans une ville de péquenauds).

En résumé : Bill Murray a le sentiment de l'écoulement du temps (d'un jour à l'autre il fait des apprentissages, il cumule des connaissances), mais le monde autour de lui semble hors du temps, figé absurdement le 2 février.

À la fin du film, Anne et moi nous sommes fait la même réflexion : nous avons l'impression exactement inverse que Bill Murray a dans ce film. C'est-à-dire que nous voyons que le monde autour de nous change, vieillit, que les années passent, que le temps file inexorablement, mais nous-mêmes avons l'intime conviction de ne pas vieillir du tout, que le temps ne nous embarque pas. Bref, le monde change, nous pas. Bien sûr nous constatons que notre corps vieillit, mais il nous apparaît extérieur à nous, comme tout ce qui est autour de nous. Nous constatons le vieillissement de notre corps comme s'il n'était pas nous, ce nous dont nous avons l'étrange sentiment qu'il n'est pas pris dans le temps.

Et je suis certain qu'il en va exactement de même pour vous qui lisez ces lignes. Ce qui vieillit est extérieur à vous. Au cœur, c'est comme si nous n'avions pas d'âge. Comme si ce qui observe le temps n'était pas pris dans le flux du temps, mais bel et bien hors du temps.

Et, symétriquement au scénario d'Un jour sans fin, nous avons l'impression (je reviens à Anne et moi — surtout à moi), j'ai l'impression que, quoi que nous entreprenions dans l'existence, rien ne parviendra à changer ma conviction intérieure de ne rien vivre. Flippant, n'est-ce pas ? Je m'explique. Le vécu est lié à une friction avec le monde extérieur, à un engagement dans ce monde, à toutes sortes d'expériences. Or tout ça me semble se jouer à l'extérieur de nous, du moins à la périphérie de ce que sommes vraiment. Bien sûr, si les expériences sont fortes (en joie ou en peine), nous sommes poussés à la conviction que c'est bien à nous que quelque chose arrive. Nous nous chargeons alors du bagage de nos expériences, nous pensons que notre vécu nous sculpte et nous entraîne dans le temps. Selon moi c'est une illusion. Illusion tenace, certes — je n'irai pas, par exemple, le soutenir à qui est plongé dans le deuil —, mais illusion quand même.

Quand on dit "Tu te racontes des histoires", on pointe vers cette vérité qu'en réalité nous n'avons pas d'histoire. L'histoire, les histoires, sont des fictions auxquelles on se plaît parfois à adhérer pour se faire des frissons. Elles se jouent à l'extérieur de ce que nous sommes. Certains y croient dur comme fer et souffrent ou s'exaltent plus que de raison.
À l'intérieur, au cœur de notre véritable identité, nous vivons "un jour sans fin", sans heures, sans histoires, sans but, sans terme.

Evidemment tout ce que j'avance là, pour paraître un peu plus crédible et fondé, devrait être étayé de quelques références prestigieuses à des penseurs sérieux. Je suis certain qu'il serait très facile d'en trouver de nombreuses (j'en croise beaucoup dans mes lectures). Mais je suis paresseux. Et puis à quoi bon ? Ceux qui savent la vérité de ce que je viens d'écrire n'en apprendront pas plus pour autant, et ceux qui n'ont jamais eu un seul aperçu de tout ça jusque là resteront persuadés que c'est une vue de l'esprit, du baratin, un délire de borderline ou un sophisme grotesque.
Je les comprends très bien.
 








Voir les 18 commentaires - Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil
 
Blog : Automobile sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus