
Voilà notamment ce que ce sera de mourir : arrêter soudainement de publier quotidiennement sur ce blog (qui est tout autant un journal qu’un atelier).
Le laisser figé sur un certain dessin qui sera le dernier sans que j’aie pu le prévoir. Sans conclusion, sans adieu.
Mourir : laisser en plan.
J’ai donc failli mourir. Certains ici ont pu le pressentir du fait de l’interruption soudaine de toute publication depuis trois semaines. (Comme me l’a écrit Sylvain : « C'est l'avantage de faire un blog : quand tu es mort les autres s'en aperçoivent. ») Il s’en est fallu de peu que je ne puisse revenir bricoler ici, ni ailleurs.
« Rupture d’anévrisme ». Sans aucune cause, simplement une faiblesse congénitale d’une des précieuses artères qui irriguent le cerveau. Elle s’est rompue sans prévenir, entraînant une hémorragie cérébrale. Opération délicate pour la ligaturer, trois semaines d’hospitalisation – dont dix jours en réanimation. On y reste souvent. Et quand on a la chance de s’en sortir, c’est bien souvent avec de graves séquelles : paralysie de tel ou tel membre (sinon de tout un côté du corps) ; ou bien amnésies plus ou moins graves – la plus étrange, et sûrement la plus éprouvante, étant l’amnésie de la mémoire à court terme : on sait qui l’on est, ce qu’on a vécu par le passé, mais on se sait plus si l’on vient de tourner à droite ou à gauche, ni où l’on avait décidé d’aller il y a un instant…
J’en sors sans séquelle, c’est une chance inouïe.
Je reprends mes crayons avec émotion.