« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »
Jean-Luc Nancy
Il y a exactement 18 ans, jour pour jour, j’écrivais :
Samedi.
Lis Pascal (les deux infinis, les puissances trompeuses).
Suce un clou de girofle (poussée de dent de sagesse).
Allume une bougie.
Ne dessine pas.
Bruit sourd de ferrailles entrechoquées : un type en mobylette contre une voiture. Accident.
Rien d’important. Incident.
La nuit qui tombe, donnant sa raison d’être à la bougie allumée.
Le robinet qui goutte.
Rien d’important.
*
Aujourd’hui je vais à la gym pour la cinquième fois de la semaine (un record).
Merci François pour cette intimité....
Je n'ai jamais osé dévoiler mes clichés de la posture car le monde est si frais à ces instants que se succède alors la vérité de soi-même qu'on ne désire rien d'autre qu'un don d'invisibilité.
Et le mur ? Où est-il ce mur, face à l'horizon de la profondeur du moi en Soi ? Où se dresse la verticalité visible du Shin den shin ?
"Voûté ? Mon œil !" (sic) et l' œil qui creuse le mur à un mètre vingt devant le corps comme le décrivait infiniment bien Marc de Smedt en 1969 auprès de Senseï....
On croirait voir, que tu fais zazen sur une terrasse de la Villa Médicis.
Ca fait rêver.
J'en ai tellement bouffer des heures de mur quand un genou, sans savoir pourquoi, décidait de gueuler !... que je pensais peut-être à une terrasse ! Toi, tu l'as fait !
J'ai été initié auprès d' un moine, disciple direct de Sensei Deshimaru en 1988, qui m'enseigna l'histoire de la trans-mission "ratée" de Taisen après sa mort subite suite au cancer du foie : aucun héritier officiel si ce n'est ce sanyasin-moine, discret, qui porte encore aujourd'hui quelque part en France (ou en Inde) l'un des Keza du maître japonais et l'un de ses haiku destinés au disciple zélé et qui reste la seul "lettre d'introduction" auprès des monastères traditionnels dans le monde. Les continuateurs n'en finissent plus de se brouiller pour savoir qui a reçu le bol et le baton depuis 1981... c'est rigolo et bien zen rinzai ou soto, peu importe.
Voilà pourquoi nous ne nous sommes jamais croisés sur l'un des centres de Paris, de l'Est et d' Allemagne.
Je pratiquais et saluais la posture du Bouddha au sein d'un dojo dissident car la politique en œuvre des grands noms d'aujourdhui me dégoûtait.
Pendant que tu lisais seul, ce samedi, en l'absence de A., après une semaine de boulot attentif et de balades nocturnes, avec Laurent D. Fred. Hervé, ( le matin ils dormaient très tard ; zazen me regonflait d'énergie rapidement et m'offrait un besoin restreint de sommeil) je rentrais chez mes parents, dans la maison familiale XVI ème siècle, en lisière de forêt au sein de laquelle j'avais édifié un petit dojo-atelier en bois, cabane de fortune où les odeurs de mousses et de lichens, de feuilles humides et de bois vibrant sous les chants des oiseaux, me plongeaient dans des extases et nettoyaient mon corps des excès hebdomadaires.
Ici pas d'alcool, de sexe débridé et anonyme, juste la beauté d' une feuille de chêne ténue , tenue entre mes doigts et qui laisse une transparence d'un vert nourri des fines articulations végétales ; moment sublime, l'univers se révèle, le silence est tangible. Je pense à vous deux, à Laurent D. aussi , nos conversations et nos déjeuners froids achetés au Mag Mod de derrière l'école. J'achetais toujours des salades ; suis le seul à le faire, et les lave dans l'évier de l'atelier. N'ayant jamais eu de passoir pour les essorer, je les capte délicatement entre les doigts légèrement écartés et secouant tout le corps dans un geste conscient, l'eau par gouttelettes volatiles arrose le mur carrelé. Tu le remarques et cherche à savoir ce qui motive ma raison à suivre cette alimentation équilibrée pendant que vous vous gavez de boulettes de viande - dans ce que nous apprîmes bien des années plus tard être la saison de la Vache Folle !!!!! Je ne réponds rien. Souris et pour me dédouaner, rentre dans mon personnage rustre et moqueur en balançant des caricatures verbales sur l'art ou les profs.
C'était idiot.
Ca l'est toujours !
Je reprends dans ma cabane, MMe Bovary de Flaubert, le Nouveau Testament (suis aussi Franc Maçon par tradition familiale ) et alterne les lectures à voix hautes.
St Matthieu m'enchante.
-non relu-