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« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
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Jeudi 31 janvier 2008

 

« La bande dessinée est un genre fondé sur la réticence. Non seulement les images, immobiles et silencieuses, n’y ont pas la même puissance illusionniste que les images filmiques ; mais leur enchaînement, loin de produire une continuité mimant le réel, ne propose au lecteur qu’un récit troué d’intervalles, qui paraissent autant de béances du sens. Mais si cette double réticence appelle bien une « reconstruction de la part du spectateur », le récit « à reconstruire » n’en est pas moins disposé dans les images, véhiculé par le jeu complexe de la séquentialité.

Si l’on en croit François Dagonet, c’est d’ailleurs le propre de l’art en général que de fabriquer « du sur-réel et de l’elliptique » (Cf. François Dagonet, Ecriture et iconographie, Vrin, 1973, p. 56.) Tout lecteur de bande dessinée sait que, dès l’instant où il se projette dans la fiction, il oublie, jusqu’à un certain point, le caractère fragmenté et discontinu de l’énonciation.

Je me permettrai de reprendre ici ce que j’ai écrit ailleurs de cet illusionnisme propre à l’art narratif de la bande dessinée :

Les vignettes ne renvoient que des éclats du monde supposé dans lequel se déroule l’histoire, mais, le monde étant censément continu et homogène, tout se passe comme si le lecteur, une fois entré dans ce monde, ne sortait plus jamais de l’image qui lui en a ouvert l’accès. Le franchissement des cadres devient une opération mécanique et largement inconsciente, masquée par l’investissement (l’absorption) dans le monde virtuel postulé par le récit. La diégèse [>l'histoire, le récit], c’est une image virtuelle, fantasmatique, qui comprend toutes les vignettes, les transcende, et que le lecteur peut habiter. Si, selon le terme de Pierre Sterckx, je peux nidifier dans une case, c’est parce que, en retour, chaque image en vient à représenter métonymiquement la totalité de ce monde. (…) La multiplicité et l’étalement de ses images, l’ubiquité de ses personnages, font que la bande dessinée ouvre véritablement sur un monde consistant, dont je me persuade d’autant plus facilement que je pourrais l’habiter que je ne cesse pas, en lisant, d’y entrer et d’en sortir. »

 
Thierry Groensteen, Système de la bande dessinée, PUF, 1999, p. 12-13.

 

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Commentaires

"avec, seule, la nature autour de toi pour te donner raison".



c'est beau ça.
commentaire n° : 1 posté par : r (site web) le: 31/01/2008 20:04:42
Oui, oui, sans compter que cette séquencialité scindée, entrecoupée de vide s'accompagne d'un récit plus ou moins descriptif ou elliptique, fermée sur une littéralité ou bien ouverte sur une évocation. Et là on double le problème. Le non récit poétique allusif (que permet tout à fait la bande dessinée) crée encore plus de réticence pour un lecteur habitué à du spirou.
commentaire n° : 2 posté par : professeur bergamote (site web) le: 31/01/2008 20:33:37
Merci, Professeur Bergamote, pour cette brillante et fort pertinente contribution.
Vous évoquez la déroute du "lecteur habitué à du Spirou", mais nous n'envisagions même pas un lecteur déjà arrivé à ce point d'inintiation au langage séquentiel ! A l'égard de la modernité, Spirou est à la bd ce que Balzac est à la littérature. Historiquement (et relativement au medium considéré) un bon bout de chemin est déjà parcouru... 
commentaire n° : 3 posté par : François Matton (site web) le: 31/01/2008 21:11:22
ce qui est d'autant plus interessant dans le cas de votre travail, c'est que la narration en est presque absente, je dis presque (!) c'est comme de traverser une rivière à gué on saute d'un caillou à l'autre d'un pied sur l'autre- on se demande parfois comment on a fait pour sauter jusqu'à ce caillou là - c'est d'autant plus instructif riche et amusant -
commentaire n° : 4 posté par : reno (site web) le: 01/02/2008 08:00:56
> Ah ! merci !  ("On m'aura compris !")
commentaire n° : 5 posté par : François Matton (site web) le: 01/02/2008 10:43:50
bonjour ! c'est moi vous vous rapeller "comment mieu dessiner ke bien dessiner " !? je suis revenue apres avoir executer votre 1er conseil "la patience" maintenent j'aimerais bien si sa ne vous embetes pas écouter votre leçon n2 .
qui as-t-il de plus interessant  a dessiner ?

Désolé, Nadège, j'étais très occupé.
Vous me demandez ce qu'il y a de plus intéressant à dessiner.
TOUT est intéressant à dessiner. Il ne doit pas y avoir de préférence pour un dessinateur acccompli.
C'est un point fondmental.
Parce que les dessinateurs qui ne trouvent intéressant à dessiner que les chevaux, par exemple, ou les arbres, ou les fées, ne sont pas de bons dessinateurs.
Le dessinateur est avant tout un contemplatif. Un vrai contemplatif est un sage qui s'émerveille pour tout. Pas un benêt qui n'a de bonheur qu'à regarder sa femme et son chat.

Vous ai-je convaincu ?
commentaire n° : 6 posté par : François Matton (site web) le: 01/02/2008 16:37:21
 
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