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« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »

Jean-Luc Nancy

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Mardi 15 janvier 2008

Ça

(67)

* * *



« Et nous, spectateurs qui toujours, regardons les choses, et jamais Ce qui regarde. Qui nous a donc retournés comme cela ? »
Rainer Maria Rilke

 « Tout ce qui arrive pointe, comme l’aiguille aimantée vers le nord, sur votre existence en tant que centre de perception. Négligez l’aiguille et prenez conscience de ce vers quoi elle pointe. C’est très simple, mais cela doit être fait. C’est la persistance avec laquelle vous maintenez le retour vers vous qui est importante. »
Nisargadatta Maharaj, Je suis.

 « Es-tu devenu cela ? Est-ce que tu vois cela ? (…) Es-tu tout entier une lumière véritable, non pas une lumière de dimension ou de formes mesurables qui peut diminuer ou augmenter indéfiniment de grandeur, mais une lumière absolument sans mesure, parce qu’elle est supérieure à toute mesure et à toute quantité ? Te vois-tu dans cet état ? Tu es devenu alors une vision ; aie confiance en toi ; même en restant ici, tu as monté ; et tu n’as plus besoin de guide ; fixe ton regard et vois.»
Plotin, Ennéades I, 6, p 145, trad.Bréhier, Les Belles Lettres.

 

 

commentaires (12)    ajouter un commentaire

Commentaires

Et je n'ai écouté personne d'autre que moi et Ce coeur qui bat. (non mais ho !)
commentaire n° : 1 posté par : anange (site web) le: 15/01/2008 11:02:14
Je préfère "Je n'ai jamais rien écouté d'autre que Ce coeur qui bat" à "Je n'ai écouté personne d'autre que moi".

Mais bon... (comme on dit sur les blogs)
commentaire n° : 2 posté par : François Matton (site web) le: 15/01/2008 11:18:47
Cela dépend de Ce vers quoi est tournée la préférence, non ? (Ou bien c'était une remarque à l'attention de mes lacunes littéraires ?)
commentaire n° : 3 posté par : anange (site web) le: 15/01/2008 12:32:45
(Ou bien c'était une remarque à l'attention de mes lacunes littéraires ?)
> ?  Quelles lacunes littéraires d'ailleurs  ? Pas vu de lacunes moi...
commentaire n° : 4 posté par : François Matton (site web) le: 15/01/2008 13:40:15
En fait ce que je voulais dire c'est que je préfère c'est lorsque vous dites n'écouter que "ce coeur qui bat" (je crois ça très beau et plein de sagesse), alors que la première partie de votre phrase (" Et je n'ai écouté personne d'autre que moi") me semble moins sage – au sens de la sagesse orientale pour qui le moi, l'ego, pas bon,  blabla...

You see ?



commentaire n° : 5 posté par : François Matton (site web) le: 15/01/2008 13:48:17
Ce dessin est génialement drôle, à la fois cruel et tendre.
(Mais toute la série qui est génialement drôle!!)
commentaire n° : 6 posté par : AT le: 15/01/2008 16:07:51
Je dirais même plus : c'est la vie elle-même qui est génialement drôle (du moins quand on la voit de l'autre côté du miroir...) Drôle et cruelle et tendre.
commentaire n° : 7 posté par : François Matton (site web) le: 15/01/2008 17:07:04
En écho, ce texte de Pessoa... Avec mes meilleurs voeux.

"19

Dans la brume légère de ce matin d'avant-printemps, la Ville Basse se réveille, encore engourdie, et le soleil se lève avec une sorte de lenteur. Il règne une gaieté paisible dans cet air où l'on sent encore une moitié de froid, et la vie, au souffle léger de la brise qui n'existe pas, frissonne vaguement du froid qui est déjà passé - au souvenir du froid plus que du froid en soi, et par comparaison avec l'été proche plus qu'en raison du temps qu'il fait.
Les boutiques ne sont pas encore ouvertes, sauf les petits cafés et les bistrots, mais ce repos n'est point torpeur, comme celui du dimanche ; il est simplement repos. Un blond vestige flotte en avant-garde dans l'air peu à peu révélé, et l'azur rosit à travers la brume qui s'effiloche. Un début de mouvement s’amenuise par les rues, on voit se détacher l'isolement de chaque piéton, et aux rares fenêtres ouvertes, tout là-haut, quelques lève-tôt surgissent aussi, fantômatiques. Les trams, à mi-hauteur, tracent leur sillon mobile, jaune et numéroté. Et de minute en minute, de façon sensible, les rues se dé-désertifient.
Je vogue, l'attention concentrée tout entière dans mes sens, sans pensée ni émotion. Je me suis éveillé tôt ; je suis descendu dans la rue sans préjugé. J'examine comme un qui songe. Je vois comme l'on pense. Et un léger brouillard d'émotion s'élève absurdement en moi ; la brume qui se dégage de l'extérieur semble me pénétrer lentement.
Je m'aperçois que, sans le vouloir, je me suis mis à réfléchir sur ma vie. Je ne m'en suis pas aperçu, mais c'est ainsi. J'ai cru que je ne faisais que voir et entendre, que je n'étais rien d'autre, durant tout ce parcours oisif, qu'un réflecteur d'images reçues, un écran blanc où la réalité projetait couleurs et lumières au lieu d'ombres. Mais j'étais bien plus, sans le savoir. J'étais aussi l'âme qui se dérobe et se refuse, et cette action même d'observer abstraitement était encore un refus.
L'air s'assombrit par manque de brume, il s'assombrit de lumière pâle, où l'on dirait que s'est mélangée la brume. Je m'aperçois brusquement que le bruit est beaucoup plus fort, que beaucoup plus de monde existe. Les pas des piétons, plus nombreux, sont moins pressés. Soudain, rompant cette absence, cette hâte moindre des autres, surgit le pas rapide et agile des varinas (marchandes de poisson qui portent leur corbeille sur la tête : figures typiques de Lisbonne, aujourd'hui encore. N.d.T.), l'oscillation des garçons boulangers aux corbeilles monstrueuses, et la similitude divergente des marchandes de tout le reste ne se démonotonise que par le contenu des paniers, où les couleurs se différencient plus que les objets. Les laitiers entrechoquent, comme des clefs creuses et absurdes, les bidons inégaux de leur métier ambulant. Les agents de police stagnent aux carrefours, immobile démenti de la civilisation à l'invisible montée du jour.
Combien je voudrais - je le sens en ce moment - voir ces choses sans avoir avec elles d'autre rapport que de les voir, simplement - contempler tout cela comme si j'étais un voyageur adulte arrivé aujourd'hui même à la surface de la vie ! Ne pas avoir appris, depuis le jour même de ma naissance, à donner des sens reçus à toutes ces choses, être capable de les voir dans l'expression qu'elles possèdent par elles-mêmes, séparément de celle qu'on leur a imposée. Pouvoir connaître la varina dans sa réalité humaine, indépendante du fait qu'on l'appelle varina, et du fait que l'on sait qu'elle existe et qu'elle vend son poisson. Voir l'agent de police comme Dieu le voit. Prendre conscience de tout pour la première fois, non pas apocalyptiquement, comme une révélation du Mystère, mais directement, comme une floraison de la Réalité.
J'entends sonner l'heure - huit coups sans doute, mais je n'ai pas compté - à un clocher ou une horloge publique. Je m'éveille de moi-même à cause de cette chose banale : l'heure, clôture monacale imposée par la vie sociale à la continuité du temps, frontière dans l'abstrait, limite dans l'inconnu. Je m'éveille de moi-même et, regardant le monde autour de moi, empli maintenant de vie et d'humanité routinière, je vois que le brouillard, qui a abandonné le ciel tout entier (sauf ce qui, dans tout ce bleu, flotte encore de bleu incertain), a pénétré réellement dans mon âme, et a pénétré en même temps dans la partie la plus intime des choses, par où elles entrent en contact avec mon âme. J'ai perdu la vision de ce que je voyais. Voyant, je suis devenu aveugle. Je ressens déjà les choses avec la banalité du connu. Et cela n'est déjà plus la Réalité : ce n'est que la Vie.
... Oui, la vie à laquelle j'appartiens aussi, et qui, à son tour, m'appartient ; et non plus la Réalité qui n'appartient qu'à Dieu ou qu'à elle-même, qui ne contient ni mystère ni vérité et qui, puisqu'elle est réelle, ou feint de l'être, existe quelque part, fixe, libre d'être temporelle ou éternelle, image absolue, idée d'une âme qui serait extérieure. Je dirige lentement mes pas, plus rapides que je ne le crois, vers la porte qui me conduira chez moi. Mais je n'entre pas ; j'hésite ; je continue mon chemin. La place du Figuier, étalant ses marchandises bigarrées, me cache de sa multitude de chalands mon horizon de piéton. J'avance lentement, mort, et ma vision n'est plus mienne, elle n'est plus rien : c'est seulement celle de cet animal humain qui a hérité sans le vouloir de la culture grecque, de l'ordre romain, de la morale chrétienne et de toutes les autres illusions qui forment la civilisation où, moi, je ressens.
Où sont donc les vivants ? "

Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité, éd. Christian Bourgois, p.55-57
commentaire n° : 8 posté par : Jacques le: 15/01/2008 19:08:45
"Combien je voudrais - je le sens en ce moment - voir ces choses sans avoir avec elles d'autre rapport que de les voir, simplement - contempler tout cela comme si j'étais un voyageur adulte arrivé aujourd'hui même à la surface de la vie ! Ne pas avoir appris, depuis le jour même de ma naissance, à donner des sens reçus à toutes ces choses, être capable de les voir dans l'expression qu'elles possèdent par elles-mêmes, séparément de celle qu'on leur a imposée."

C'est exactement ça.

Merci cher Jacques pour ce beau texte. Je le découvre et pourtant je croyais avoir lu Le Livre de l'intranquillité. Il est là, dans la bibilothèque. Ne l'aurais-je pas rouvert depuis que je l'ai lu si distraitement il y a presque vingt ans ?

commentaire n° : 9 posté par : François Matton (site web) le: 15/01/2008 19:42:35

Docteur jeckyll ou mister hyde? Do you know well mr Harry Bellet... Vous me fites donc une fausse joie? Robert Filou va!

commentaire n° : 10 posté par : La mariée mise à nue par ses célibataires même (site web) le: 16/01/2008 10:50:35
Oh désolé cher Marcel !
Je pensais d'abord signer Philippe Dagen, j'ai fini par choisir Harry Bellet. C'était une astuce qui se voulait innocente pour que vos visteurs ne soient pas las de retrouver toujours mon nom. Je n'ai pas mis en lien mon blog pour les mêmes raisons, seul mon e-mail pour que vous compreniez tout de suite, mais...
Sachez que j'ai eu droit pareillement à quelques frissons ici en voyant signer certains commentaires des noms de Sollers, Didi-Huberman, Finkielkraut, Duras et j'en passe...
commentaire n° : 11 posté par : François Matton (site web) le: 16/01/2008 11:02:46

c'est pardonné.

commentaire n° : 12 posté par : patrick sébastien (site web) le: 16/01/2008 12:00:08
 
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