« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »
Jean-Luc Nancy
En redescendant du Lac des Estaris, nous nous arrêtons un peu avant les bergeries, à cet endroit de rêve que nous avions remarqué à l’aller, sous trois saules, juste au bord de la rivière.
Nous n’avons rien à nous dire. Nous sommes ensemble depuis plus d’une semaine, nous sommes fatigués et en nage.
Je m’allonge dans l’herbe.
La nature grouille. La stridence des sauterelles se mêle au bruit de l’eau qui court. L’herbe n’a jamais senti aussi bon.
Je plonge dans un doux état de somnolence traversé de réflexions sans suite et flotte entre rêve et réalité.
Je suis un enfant au bord des larmes et une mère me berce en chantonnant. Mais elle chante dans une langue étrangère, et lorsque je veux soulever mes paupières lourdes comme du plomb pour la regarder, ce que je vois c’est le visage de la montagne qui se penche sur moi et me chuchote quelque chose à l’oreille.
Un insecte me réveille soudain. Je me redresse et jette un œil vers Anne. Elle s’est déchaussée pour plonger ses pieds fatigués dans l’eau glacée de la rivière. Une lumière blanche l’enveloppe, terriblement vive et aveuglante, et il me faut quelques instants pour que je puisse voir la totalité du tableau édénique où nous nous trouvons…