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« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »

Jean-Luc Nancy

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Jeudi 21 juin 2007




Mercredi
. Je me réveille à six heures et quart avec le réveil-matin de mes voisins. Je reste un moment allongé. Je les entends prendre leur douche. C’est interminable. Je me lève avant qu’ils n’aient fini. Je prépare le café en maugréant. J’hésite à mettre la radio mais me ravise. Pendant que le café s’écoule je mange quelques pruneaux secs. Je cherche les plus tendres dans le paquet. Je tombe sur certains qui sont particulièrement tendres et joufflus – ce qui m’égaie un peu. Il fait déjà très chaud. Je regrette de ne pas avoir ouvert toutes les fenêtres en grands avant d’être allé me coucher hier soir. Me revient à l’esprit la nouvelle image que je me fais de Sartre depuis que je lis ses Lettres au Castor : un homme très stable, d’une grande santé, très affectueux et enthousiaste, capable de manquer de sommeil sans que ça n’affecte son humeur. Je finis mon café en cherchant des photos de Beauvoir et de lui sur Google. La voisine finit seulement sa douche lorsque je retourne à la cuisine pour me faire une tartine de pain intégral. Miel et margarine non hydrogénée. Il faudra arroser les plantes. En regardant mon courrier je m’aperçois que Pierre Ménard a laissé un commentaire sur mon blog. Je visite longuement son propre blog, très beau, et de fil en aiguille je retombe sur le texte qu’il avait écrit dans Marelle sur mon livre. Ensuite il est temps d’aller me laver les dents. Mais je ne prends pas de douche parce que je compte aller à la gym. Ce que je fais d’ailleurs à midi. Il n’y a pas de monde mais il fait très lourd. Je sue (ce qui est rare). Je souffre pas mal également, mais j’aime ça. J’aime souffrir et voir les autres souffrir. Là, allongé sur le tapis, on peut s’oublier enfin. Ca fait de beaux regards un peu absents. A une heure et demie je retourne à l’appartement. Il reste du riz que je réchauffe en un rien de temps. Je finis mon repas par une pomme qui, comme je m’y attendais, n’a rien d’exaltant. En début d’après-midi je pars aux Halles. J’achète Commande publique de Renaud Camus et L’Idiot d’Anne Herbauts. Comme le monde est petit, ne puis-je m’empêcher de me répéter comme un idiot, comme le monde est petit et comme l’idiot est beau ! A la caisse je suis fasciné par les doigts extraordinairement longs du vendeur. J’ai peur un instant d’en oublier le code de ma carte bancaire. Mais non, ça passe. En sortant du magasin j’ai peur de faire sonner l’alarme. Mais non, rien. Dehors l’air me semble plus léger. L’envie me prend de rentrer à pied. Sur le chemin, en contournant Bastille par de petites rues, j’aperçois, alignés sur le trottoir, toutes sortes d’objets amassés qui font un curieux cortège noir. Il s’agit du contenu d’un appartement qui vient de prendre feu. Les objets (matelas, chaises, livres, jouets, coussins, etc.) dégagent une odeur répugnante. Malgré tout, surmontant mon dégoût, je reste longtemps à observer cette masse noirâtre. Les poupées en plastique ont fondu et font de très pathétiques grimaces. Les oursons et autres peluches ont perdu leur poil - ou bien il est devenu tout crépu. Je pense aux locataires de l’appartement qui doivent être bien humiliés de voir toutes leurs affaires ainsi exposées aux yeux de tous. A moins qu’ils n’aient péri dans l’incendie. Mais je n’aperçois aucun corps dans les décombres.
Lorsque j’arrive à l’appartement, un peu plus tard, je suis de très bonne humeur et je me mets à dessiner avec entrain.


 


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