Livres parus

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« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »

Jean-Luc Nancy

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Mardi 19 juin 2007
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Lundi. Je me lève à six heures. Vais me moucher dans la cuisine, saigne un peu du nez, tousse, siffle légèrement des bronches. Je reste debout dans le séjour quelques instants. Il fait encore nuit. Je me recouche et me rendors aussitôt. Me relève à neuf heures. Douche. Je m’aperçois en mettant du déodorant inodore en crème que j’ai encore un peu de mousse sous l’aisselle droite. Café, céréales, lait de soja, abricots secs. Je vérifie ma déclaration d’impôt sur internet. Je croyais m’être trompé, mais non, tout est ok. Je suis content. Je me sens adulte. C’est plutôt rare. Ensuite, blog. Joseph Beuys et son lapin mort. Je change la couleur de la petite ombre sous le lapin. Ca devient une tache de sang. Je repense à cette histoire du lapin qui tuait un chasseur (chanson de Chantal Goya) : si le lapin tire sur le chasseur il le tue, mais avec le recul le fusil tue le lapin. Voilà ce que Chantal Goya ne dit pas dans sa chanson. Les lapins, paraît-il, vivent dans une terreur permanente. Les chats, qui ont un peu le même poids et la même taille, sont beaucoup plus tranquilles (sauf traumatisme). Ensuite je fais plusieurs essais de mise en page pour la publication en livre de mon feuilleton dessiné. En modifiant l’espace entre les bandes c’est tout le propos que je modifie. C’est un travail véritablement musical : mélodique et rythmique. J’y passe beaucoup de temps. L’heure file. Je déjeune à trois heures. Comme je suis assis depuis des heures, je mange debout pour me délasser. Abricots secs, banane séchée, et un melon entier. Le rosier dans la cour est immense. Combien de fois est-ce que j’ai tenté de le dessiner sans jamais y arriver ? Je fais mon lit, je me lave les dents. Je prends un Aspro 500 mais je ne suis plus malade, juste un peu courbaturé. J’ai appris samedi que l’aspirine pouvait brouiller l’estomac. Je savais que c’était le cas pour les antibiotiques, mais j’ignorais pour l’aspirine. En tout cas moi ça ne m’a jamais fait de mal. J’ai une santé à toute épreuve pour les médicaments. Je retourne à mon ordinateur. Je me disperse. Je flotte. Au bout d’un moment j’en ai assez et je sors faire des courses. Grande joie de retrouver la rue et les autres. Rien qu’à cause de cette joie simple, ça va être difficile de quitter Paris un jour... Dans le magasin je regarde longuement les différentes pâtes au sarrasin, à l’épeautre et au quinoa. Une femme se plaint à un vendeur d’avoir chez elle des mites alimentaires. Le vendeur lui dit que cette année est une année à mites. Je dis que j’en ai eu aussi, et surtout dans le sésame dont elles semblent raffoler. Mon témoignage réjouit la femme : « Ah ça fait plaisir d’entendre ça, je me sens moins seul ! » Je lui souris comme si j’étais quelqu'un de très aimable. Quand je retourne à mon panier je ne le retrouve pas. Il y en a bien un qui ressemble au mien mais il y a des produits que je n’ai pas achetés (deux flacons d’huiles essentielles - clous de girofle et lavande). C’est une vieille dame qui s’est trompée. Ca la fait beaucoup rire. Un peu plus loin je cherche des pommes qui ne sont pas trop lisses ni trop molles. La récolte est très médiocre. Je n’en ramasse que sept – et encore, elles ne sont pas formidables. Comme il n’y a plus d’étiquettes pour le pesage des fruits, il faut mettre les fruits sur la balance, taper la touche correspondante et recopier sur le sac le prix indiqué sur l’écran. Je me dis que s’ils veulent faire des économies c’est un mauvais calcul parce qu’on ne va sûrement pas tarder à leur embarquer leur gros feutre noir. Le type à la caisse sent fort la sueur. Il a une petite barbiche frisée qui me gratte pour lui. Mon sac à dos est plein à craquer, je suis obligé de prendre un sac supplémentaire. En passant près du square, un enfant grimpe sur un horodateur pour aller prendre une carte électronique jaune qui était posée dessus. Il m’a fait penser à un petit singe, comme on en voit dans les villes en Inde. Je ne l’ai pas vu de mes propres yeux, mais plusieurs fois à la télé (quand j’avais encore la télé), et peut-être dans L’Inde fantôme ou Calcutta de Louis Malle. En rentrant à l’appartement j’aligne les citrons sur le petit balcon pour qu’ils mûrissent encore un peu (de toute façon il n’y a plus de place ailleurs). La température est idéale et il n’y a pas un bruit. Je reste un moment à regarder le gros rosier sous la fenêtre. Il est déjà cinq heures. Je retourne travailler un moment à combiner mes mises en pages. Ce n’est pas un travail désagréable. J’écris au FRAC pour leur signaler le petit article sur De pièces en pièces. J’en profite pour leur rappeler leur proposition de mettre en avant le livre à la librairie Beaubourg. Il y aurait possibilité d’exposer quelque chose en vitrine. Je n’y crois pas trop mais je fais semblant. A six heures je m’autorise à lire les Lettres au Castor de Sartre. Il me vient alors l’idée d’emporter cet été la correspondance de Flaubert. En Pléiade, j’en ai pour un moment. Un seul livre, ça simplifie tout. Je compte faire des aquarelles. Mais il faut que j’achète un répulsif à insectes. On ne peut pas bien dessiner si on est piqué sans arrêt de partout à la fois. A sept heures je me fais cuire une grosse ration de riz complet. J’en aurai pour toute la semaine. Je le mange avec appétit devant mon ordinateur alors que je cherche sur Google des images de voiliers en bois. Entre deux vieux gréements, je tombe par hasard sur cette phrase célèbre de Debord qui m’avait enchanté en l’entendant dans In Girum : « Oui, je me flatte de faire un film avec n’importe quoi ; et je trouve plaisant que s’en plaignent ceux qui ont laissé faire de toute leur vie n’importe quoi. »




commentaires (14)    ajouter un commentaire

Commentaires

Merci pour ce petit voyage au supermarché.
commentaire n° : 1 posté par : chambrun (site web) le: 19/06/2007 10:26:48
La subversion chez vous est omniprésente.
Mais elle peut être très discrète.
C'est le cas dans ce dessin où les objets s'agitent étrangement.
C'est le cas également dans votre texte où s'entend un grand rire en arrière-plan.
commentaire n° : 2 posté par : Pierre H le: 19/06/2007 10:41:32
"... où s'entend un grand rire en arrière-plan."

> Celui de Raspoutine chez Pratt ? Haw haw haw !
réponse de : François Matton (site web) le: 19/06/2007 10:54:35
merveilleuse journée, beau dessin,
hier au supermarché,
des pommes gala du chili.
commentaire n° : 3 posté par : pvb (site web) le: 19/06/2007 10:42:29

ah le quotidien, merveilleux roman dès lors qu'il est bien conté...

commentaire n° : 4 posté par : DB (site web) le: 19/06/2007 12:07:09
Oui, j'ai tout lu du début à la fin, c'est simple et gai !
commentaire n° : 5 posté par : lds le: 19/06/2007 14:03:33
Je croyais avoir posé mon stylo juste là....sur le bord....
commentaire n° : 6 posté par : imago le: 19/06/2007 14:11:53
Ca sent bon le  quotidien mitoné au charbon de bois...j'ose pas dire que j'ai le regard  en  pixel et la cuisine  au micro onde..Horreur,que je suis mal  !;-) 
commentaire n° : 7 posté par : Coco 76 le: 19/06/2007 14:58:10
François, tu me fais rire à gorge déployée (l'expression aussi me fait rire) mais en regardant le bland entre les petites lettres j'ai pensé à l'émouvant poème "les berceaux" de je ne sais plus qui (c'est chanté par Gustave Fauré) à propos, tu ne parles jamais de musique à écouter (pas à regarder) ou j'ai loupé les pages?
commentaire n° : 8 posté par : Jean-Christophe (site web) le: 19/06/2007 15:20:47
> J'écoute très rarement de la musique.
(Ce qui, bien sûr, ne veut pas dire que j'y sois insensible...)
réponse de : François Matton (site web) le: 19/06/2007 23:08:16
Au fil du texte, du récit de cette journée, tous les dessins qui s'animent dans notre tête. Un seul mis en avant et le souvenir du lapin de la veille en filigrane. Les yeux de Beuys qu'on oublie pas. Ce qui s'appelle "se poser là."
commentaire n° : 9 posté par : Pierre Ménard (site web) le: 19/06/2007 17:50:24
" Je suis une cendrillon ! une cendrillon en délire !"
" ouais les gars ouais !"
"HAW HAW HAW HAW"


ça c'est du Raspoutine, comme du velours.
commentaire n° : 10 posté par : R (site web) le: 19/06/2007 19:20:09
Il se trouve que moi aussi j'ai des mites alimentaires. Et je sais pas comment m'en débarasser. Rien n'y fait. Un tuyau docteur?
ah oui, sinon votre quotidien est joliment retranscrit et par le dessin et par le texte. Moi qui laisse aussi ce genre de bribes derrière moi, je me demande : tout ça existe-t-il ailleurs que dans ces traces ténues? Je crois que le quotidien est un truc monstrueusement fabuleux, à peine déguisé. Continuons la traque.
commentaire n° : 11 posté par : misterb (site web) le: 19/06/2007 20:41:02
> Je n'ai pas de solution pour se débarrasser des mites alimentaires. La femme dans le magasin a acheté des pastilles à base d'hormones mâles ou femelles. Il faut y croire et ça m'a paru très cher (15€  je crois).
Bonne traque !
commentaire n° : 12 posté par : François Matton le: 19/06/2007 20:46:53
La correspondance de Flaubert : excellent choix ! Après cette lecture là, on peut l'appeler Gustave : il devient d'une humanité ébourrifante.
commentaire n° : 13 posté par : jalexis (site web) le: 19/06/2007 23:31:15

Comme les mains du musicien, je percois dans votre regard une certaines indépendance des yeux ~~~~~~~~ Gare aux mites !

commentaire n° : 14 posté par : OccO 76 le: 20/06/2007 17:07:58
 
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