« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »
Jean-Luc Nancy
J’ai déjà dit plusieurs fois mon horreur devant la prolifération des images qui s’interposent, toujours plus nombreuses, entre nous et le réel.
En doublant le monde par une représentation bouffonne et braillarde, les images repoussent le réel de telle manière qu’on finit par ne plus être en contact avec lui, mais uniquement avec des simulacres.
C’est un phénomène analysé depuis longtemps par de nombreux penseurs et que connaissent bien ceux qui ne sont pas les gogos tristement hilares de notre monde d’écrans et de magazines.
Pourtant je mets en ligne presque quotidiennement des dessins sur ce blog… Ne suis pas en pleine contradiction ? Est-ce que je ne participe le premier, avec zèle, à la prolifération que je viens de déplorer ?
Je ne crois pas. Mes dessins ne sont pas des images qui viennent se substituer avec arrogance au réel. Il s’agit même de tout l’inverse : mes dessins viennent de l’observation stricte du réel immédiat, et invitent celui qui les regarde à refaire le même travail d’observation que moi.
Du fait de leur aspect embryonnaire, non achevé, ils ne sont pas fermés sur eux-mêmes, auto satisfaits et coupés du réel.
On ne travaille bien qu’avec la foi en ce que l’on fait. J’ai foi en mes dessins. Foi en leur capacité de réactiver un contact plus intime avec un réel toujours présent, par-delà les images qui le voilent.
