« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »
Jean-Luc Nancy
Gallimard m’a envoyé hier deux exemplaires de Comment j’ai cassé mes jouets traduit en hébreu pour Israël (aux éditions Keren).
Je vous laisse apprécier l’effet que ça produit.


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Café lumière, de Hou Hsiao-Hsien, peut se regarder avec le même détachement tranquille qui caractérise l’attitude de la jeune Yoko autour de qui tourne le film. De la même façon qu’elle ne se sent pas tenue de faire grand cas du fait d’apprendre qu’elle est enceinte, nous ne sommes pas tenus, en tant que spectateurs, d’entrer dans le film comme dans une histoire "prenante". La durée du film n’est pas un bloc de temporalité retirée à notre vécu ordinaire. Il n’y a pas de coupure, on n’est pas embarqué ailleurs, propulsé dans une autre histoire fermée sur elle-même et captivante (>qui nous ferait captifs).
Non, on peut très bien continuer à vivre tout en regardant ce film. On peut très bien ne pas oublier son corps, par exemple, rester conscient de sa posture, sans se figer, sans s’immobiliser - de même on peut rester conscient des bruits environnants. C’est assez singulier, je crois.
La dernière scène (qui n’en est pas une (il n’y a pas de « scènes » dans ce film)) montre un homme, sur le quai d’un métro, ayant en main ce qui ressemble à un revolver. Il s’agit en réalité d’un micro. Le personnage ne menace personne, il ne va pas tirer, il ne va pas faire de bruit. Au contraire : il se fait le plus silencieux possible pour capter les bruits environnants.
C’est une très belle invitation à décentrer son attention de soi - sa prétendue histoire -, pour se mettre à l’écoute de
ce qui se joue autour de soi.

(Je replace ici le commentaire que j’ai déposé récemment sous un article de Pierre Ménard consacré à la suspicion de pédophilie d’une photographie de Nan Golding.)
J'ai été professeur de dessin à l'école des Beaux-Arts de Reims. J'invitais les élèves (qui pouvaient être des personnes âgées venant en cours du soir) à regarder le modèle nu comme une chose, un
fruit ou une petite mécanique. Ceci afin de couper l'identification, se mettre à distance de tout pathos, de toute empathie et, bien entendu, de tout désir.
J'essayais de faire passer la leçon de Cézanne qui disait que l'on pouvait tout réduire à la combinaison de quelques volumes simples (sphère, cube, cylindre).
Une étape qu'il faut peut-être dépasser à un moment pour retrouver la force brute du désir. Mais c'est une autre affaire - on sera passé par un détour et on ne l'oubliera pas...
Toujours est-il que je ne vois jamais la sexualité dans un musée, une galerie ou un atelier, comme je la vois ailleurs. Et je m'étonne toujours que l'on projette sur l'artiste des pulsions
codifiées sur ce qu'il représente.
Dessinez un homme nu et vous êtes un pédé. Dessinez un chien et vous êtes zoophile. Observez une fillette dans un parc et vous êtes pédophile.

((( Amusez-vous à taper les mots blog et dessin dans Google. Que voyez-vous
apparaître en troisième ou quatrième position ?
Eh oui, classe...)))