« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »
Jean-Luc Nancy

« Quand j’entrais chez mon oncle, il me semblait entrer dans un sanctuaire mystérieux, et, comme le salon était en effet un sanctuaire fermé, je priais tout bas madame Bourdieu de m’y laisser pénétrer. Alors, pendant que les grands-parents jouaient aux cartes après dîner, elle me donnait un petit bougeoir, et, me conduisant comme en cachette dans ce grand salon, elle m’y laissait quelques instants, me recommandant bien de ne pas monter sur les meubles et de ne pas répandre de bougie. Je ne voyais donc que très confusément les portraits de Largillière, les beaux intérieurs flamands et les tableaux des maîtres italiens qui couvraient les murs. Je me plaisais au scintillement des dorures, aux grands plis des rideaux, au silence et à la solitude de cette pièce respectable que l’on semblait ne pas oser habiter et dont je prenais possession à moi toute seule.
Cette possession fictive me suffisait, car dès mes plus jeunes années, la possession réelle des choses n’a jamais été un plaisir pour moi. Jamais rien ne m’a fait envie en fait de palais, de voitures, de bijoux et même d’objets d’art ; et pourtant j’aime à parcourir un beau palais, à voir passer un équipage élégant et rapide, à toucher et retourner des bijoux biens travaillés, à contempler les produits d’art ou d’industrie où l’intelligence de l’homme s’est révélée sous une forme quelconque. Mais je n’ai jamais éprouvé le besoin de dire : « Ceci est à moi », et je ne comprends même pas qu’on ait ce besoin-là. (…) je me sens de la race de ces bohémiens dont Béranger a dit :
Voir c’est avoir.
Je ne hais pas le luxe, tout au contraire, je l’aime ; mais je n’en ai que faire pour moi. (…) Enfin je ne suis pas
née pour être riche, et si les malaises de la vieillesse ne commençaient à se faire sentir, je vivrais très réellement dans une chaumière du Berry, pourvu qu’elle fût propre, avec autant de
contentement que dans une villa italienne. »
George Sand, Histoire de ma vie.

(En marge à gauche en page d'accueil.)

Tout ce qui est, est ceci… est cela…
est…
l’un apparaissant en tant que deux
rien apparaissant en tant que tout
l’absolu apparaissant en tant que particulier
le vide apparaissant en tant que plein
l’unicité apparaissant en tant que séparation
le singulier apparaissant en tant que pluralité
l’impersonnel apparaissant en tant que personnel
l’inconnu apparaissant en tant que connu
C’est le silence se faisant entendre, l’immobilité en mouvement et
ces mots apparaissant en tant qu’orientation vers l’indicible
et cependant rien ne se passe.
(Tony Parsons, Tout ce qui est)