Livres parus

À propos

« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »

Jean-Luc Nancy

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Samedi 8 avril 2006







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Jeudi 6 avril 2006



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Mercredi 5 avril 2006
à hélène

Jaurais aimé être un… médecin. Médecin du pauvre, comme Céline. Petit cabinet sans cesse envahi, salle d’attente bondée. Voir l’humanité de près. L’entendre se livrer, l’entendre râler, crachoter, déféquer. Observer la misère, l’envers du décor. Et comment on se bat pour cacher tout ça.

Aussi bien j’aurais aimé être médecin pour riches des beaux quartiers. Avoir un grand cabinet, un bureau immense et un fauteuil très haut. De belles tentures aux murs, une clientèle parfumée. Et voir leurs bobos dégueux comme des échantillons cracra dans un écrin doré.


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Mardi 4 avril 2006

feu

C’est un homme dans le désert. Des cailloux, des rochers. Le soleil tombe. Lumière oranger. Une silhouette. Un homme près d’un arbre (?), son campement (?). Un nomade ? un réfugier ? un cow-boy ? un Indien ? On ne sait pas. Il est seul, sûrement. Il sent la nuit tomber, sûrement. Il faut un peu froid déjà, peut-être. Il se penche, tire quelque chose de sa poche, tient quelque chose au bout de ses doigts, tend quelque chose au bout de ses bras. Il va mourir ? Oui bien sûr, comme tout le monde. Il le sait ? Oui, forcément. Il y pense ? Non, pas maintenant, il est occupé. A quoi ? A se protéger. Contre quoi ? La nuit, le froid, la solitude. Et alors ? Alors après avoir levé les bras et tendu on ne sait quoi vers le soleil qui disparaît, il se penche à nouveau. Pour faire quoi ? Va-t-en savoir… Et alors ? Alors il y a une petite lumière. Elle grandit. L’homme se recule. Une flamme s’élève. C’est le feu.



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Lundi 3 avril 2006



« J’entrepris de grandes œuvres : je me bâtis des maisons, je me plantais des vignes ; je me fis des jardins et des vergers ; j’y plantai toutes sortes d’arbres fruitiers ; je me fis des vasques d’eau pour arroser un bosquet où abondaient les arbres. J’achetai des serviteurs et des servantes, et il m’en naquit à la maison ; j’eus aussi du bétail, bœufs et brebis, en grand nombre, plus que tous ceux qui m’ont précédé à Jérusalem. Je fis également provision d’argent et d’or, ainsi que des trésors des rois et des provinces. Je me procurai des chanteurs et des chanteuses, et les délices des fils de l’homme, des princesses en grand nombre. Et je fus grand et je surpassai tous ceux qui m’ont précédé à Jérusalem. De tout ce que mes yeux désiraient, je ne leur ai rien refusé ; je ne me suis privé d’aucune joie. Puis je me suis retourné vers toutes les œuvres que mes mains avaient faites et vers la peine que j’avais prise à les faire : eh bien, tout n’est que vanité et poursuite de vent, il n’y a pas de profit sous le soleil. »

 

Livre de l’Ecclésiaste


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Dimanche 2 avril 2006







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Samedi 1 avril 2006











Je suis terriblement influençable. Tellement que si vous m’aviez dit, ne serait-ce qu’une seule fois, que je ne suis pas influençable, j’aurais commencé ce texte en disant que je ne suis pas influençable. Sauf, éventuellement, si vous m’aviez dit que je suis influençable et menteur.

Mais vous ne m’avez rien dit et je vous le dis tout net : je suis terriblement influençable.

Et c’est parfait parce que pour dessiner mieux vaut être influençable et influencé par tout : influencé par l’allure des choses : si un ciel d’orage ne vous influence pas alors vous ne devez pas être un très subtil dessinateur. Etre influençable c’est avoir cette qualité de ne pas être toujours soi-même.




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Vendredi 31 mars 2006




 

Face à la déprime je suis excessif pour mon plus grand bien.

Premier excès : je me désidentifie complètement de l’état de morosité qui me tombe dessus. Je me tiens à distance. J’observe ça comme un nuage grisâtre. Et il passe d’autant plus vite que je ne me suis pas associé à lui.

Ou bien il ne passe pas…

Alors j’adopte ma deuxième stratégie excessive : je capitule, je me déclare bel et bien déprimé. Cette fois la situation est grave. Je ne vais pas pouvoir continuer comme ça. Il faut que je tente le tout pour le tout avant le suicide. Il faut que j’aille consulter demain. Il faut que je prenne d’urgence rendez-vous avec un psy. Il faut que je me fasse prescrire des antidépresseurs. Je vais faire un jeûne. Je ne vais plus dire un mot pendant une semaine. Je vais faire du sport tous les jours. M’inscrire à un club de Taï chi, de Chi Gong, de Shiatsu. Je vais retourner au dojo faire zazen. Je vais m’inscrire pour la prochaine retraite de Thich Nhat Hanh. Il faut que j’ouvre mon cœur, il faut que je parle, que je vide mon sac, que je pleure, que je lâche tout contrôle. Il faut que ça sorte de moi : je suis possédé par un traumatisme auquel je n’ai jamais osé me confronter. Je vais retourner à la danse thérapie. Je vais refaire du rebirth. Je vais m’offrir une résidence d’une semaine avec un gourou new âge qui va réorchestrer mes chakras. Etc.

Au début tous ces projets m’excitent. Très vite ils m’affolent. Bientôt je n’y crois plus une seconde : qu’est-ce que j’irais faire là-bas ? Je n’aurais jamais le temps ! Sans compter que je n’ai pas d’argent…

Non vraiment c’est ridicule. D’ailleurs je ne vais pas si mal. Je vais même très bien. Eh eh ! C’est dingue comme on s’emballe parfois !...


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Jeudi 30 mars 2006









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Mercredi 29 mars 2006

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Mardi 28 mars 2006






Je ne suis ni pieux ni athée / Je ne vis ni selon les commandements ni selon ma raison / Je ne suis ni orateur ni auditeur / Je ne suis ni serviteur ni maître / Je ne suis ni libre ni enchaîné / Je ne suis ni attaché ni détaché / Je ne suis loin d’aucun ; je ne suis près de personne / Je n’irai ni aux enfers ni au ciel / Je travaille à tout et cependant je suis en-dehors de tout travail / Peu me comprennent ; celui qui m’a compris demeure en paix

 
Kabir


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Lundi 27 mars 2006









J'aime bien dans cette série que les changements de physionomies soient à peine perceptibles. On ne voit pas comment on glisse d'une expression à l'autre. Un peu comme dans la vie où l'on ne comprend pas comment comment on passe d'un état à l'autre. Parfois on croit être encore en colère et triste alors qu'on est déjà calmé et réjoui.
L'inverse est aussi fréquent, bien sûr : on se croit heureux, tranquille, mais on est en fait déjà contrarié et mécontent. C'est comme si l'on gardait les traits d'une expression qui ne correspond plus à l'actualité de ce qu'on ressent, comme si l'on était en retard, en décalage, sur notre vérité de l'instant.














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Samedi 25 mars 2006













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Vendredi 24 mars 2006









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Jeudi 23 mars 2006









                            A la vôtre !



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Mercredi 22 mars 2006
à la mémoire de Francis Ponge












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Mardi 21 mars 2006











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Lundi 20 mars 2006

Après avoir passé beaucoup de temps enfermé chez moi, j’éprouve toujours une sorte d’exaltation quand je sors. A peine sur le trottoir j’ai envie de courir, de sauter de joie, de chanter ou je ne sais quoi. Tout me semble merveilleux : l’air frais, les rues animées, tous les gens que je croise, je trouve tout formidable.

A chaque fois je suis comme surpris que la vie soit là, si évidente, si manifeste, si joueuse. A peine le pied posé sur le trottoir j’ai envie de m’écrier : bon sang, c’est pas vrai : ce monde est encore là ! Et j’éprouve un sentiment de gratitude (que je pourrais traduire par : merci seigneur, tout ceci est tellement sympathique !...)

Plus longtemps je suis resté enfermé et concentré sur mon travail, plus cette impression est forte.



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Dimanche 19 mars 2006



J’ai animé cet après-midi au Salon du livre un atelier de dessin avec des enfants autour de mon livre Comment j’ai cassé mes jouets. J’y ai trouvé la confirmation de ce que je savais déjà : les enfants aiment détruire : ils déploient pour cela une ingéniosité et un acharnement incroyables. Bien entendu ils n’éprouvent aucun remords ni même aucune pitié pour leurs malheureuses victimes. C’est à croire que qu’aucune cruauté n’entre dans leur plaisir à détruire. Ils ne sont cruels qu’à nos yeux.

Peut-on arracher les yeux de sa poupée sans cruauté ?

Et les ailes des mouches ?


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Samedi 18 mars 2006





« Les embruns de l’océan sont constitués de minuscules gouttelettes. Ces embruns sont la mer, rien que la mer, avant qu’un mouvement ne les disperses en gouttelettes possédant une même saveur salée ne différant en rien de la mer.

Tout comme cette saveur salée existe à tous les niveaux de l’océan, l’être, Brahman, est présent en toutes choses.

En tant que phénomène naturel, Brahman revêt spontanément divers corps variés comme autant de vêtements, et il connaît le monde au travers du sens de ces corps. Au cours de cette opération, il adopte le corps en tant que « lui-même » et il se soumet à ses demandes et exigences.

Mais malgré toutes ces distorsions et modifications, Brahman subsiste, inchangé, et il émerge lorsque la force qui sous-tend le fonctionnement du corps ne circule plus – ce qui est communément appelé mort.

Ainsi, à la mort, le principe essentiel, l’être, ne va nulle part ; simplement son fonctionnement au travers d’une forme particulière s’éteint. Le corps cesse d’exister et perd sa forme, tandis que le pur Brahman demeure intact.

Tant que le principe essentiel ne découvre pas sa véritable nature, il demeure identifié à cette activité dont il se croit l’auteur. En conséquence de cette erreur il se perçoit comme vulnérable et à l’approche de la désintégration physique il éprouve une souffrance intense. »

 

Sri Nisargadatta Maharaj

NI CECI, NI CELA

 


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