
« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »
Jean-Luc Nancy
Voici quelques dessins réalisés il y a plus de dix ans, jetés, et aussitôt récupérés dans la corbeille par Anne — qui vient de
les mettre amoureusement en couleurs.




Un jour j’ai laissé un dessin sur le sol, près de la porte-fenêtre grande ouverte, et je suis sorti me promener. Il s’est brusquement mis à pleuvoir – une de ces pluies d’été assez rares qui mouillent sans refroidir et dégagent du sol, de la terre, de l’air, une odeur qui donne envie de faire l’amour comme dans les vieux films érotiques où les amants se roulent dans la boue sous la mousson…
Lorsque je suis rentré j’ai vu que la pluie était un peu rentrée dans l’appartement. Mon dessin, au sol, s’était légèrement gondolé du fait de l’humidité. Comme il s’agissait d’un dessin à l’encre, j’ai pensé qu’il allait être bon à jeter. Mais en le relevant j’ai eu la très bonne surprise de voir qu’au lieu de le détruire la pluie l’avait considérablement magnifié. Les petites gouttes avaient fait glisser l’encre çà et là en créant des ombres très subtiles et inattendues.
Enchanté de cet heureux hasard, j’ai souvent tenté de reproduire ce que la pluie avait si naturellement créée sans même s’en rendre compte. Bien sûr je n’y suis jamais arrivé. Mais j’approche quelquefois (comme ici) de ce que j’aimerais faire.
Techniquement, c’est on ne peut plus simple : après avoir dessiné à l’encre soluble, je pose ma feuille sur le sol et j’arrose un peu autour. Seul le rebond des gouttes doit tomber sur l’encre. Ensuite il faut doser l’arrosage au feeling : plus ou moins rapide, plus ou moins haut, plus ou moins éloigné. Le point délicat est de ne pas se laisser griser pour réussir à s’arrêter à temps (à temps, c’est-à-dire un peu avant le point de perfection (celui qu’on espère toujours mais qui n’existe pas)).
Gallimard m’a envoyé hier deux exemplaires de Comment j’ai cassé mes jouets traduit en hébreu pour Israël (aux éditions Keren).
Je vous laisse apprécier l’effet que ça produit.

