18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 19:58

(le poète se confie)

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François Matton
17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 17:48

A peine avions-nous terminé de lire ensemble Comment j'ai cassé mes jouets, que je les vois se précipiter avec rage sur leurs feuilles pour me montrer mille autres manières et occasions de casser des jouets.

En voici quelques-unes. (cliquer pour  agrandir)

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François Matton
15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 18:49

 

En lisant cette semaine un texte de Perec à une classe de cinquième de l'Ecole internationale de Manosque, j'ai réalisé que le plus difficile à saisir dans un texte n'est pas son sens (sa signification première, littérale) mais son degré d'ironie. Ce qui devient flagrant lorsqu'on s'adresse à des élèves Coréens, Grecs, Scandinaves, Américains, Russes, Hongrois (j'en passe), parlant tous correctement le français mais saisissant mal, voire ne percevant pas du tout, les subtilités de l'ironie, cette petite vrille de l'esprit tenant à un rien, au-delà de la lettre du texte.

Pourtant, si comprendre toutes les nuances de la langue est nécessaire à la compréhension de l'ironie, ce n'est pas suffisant : il faut en plus une ouverture à l'humour. On peut très bien être (naître) complètement bouché à l'ironie, réfractaire à l'humour.

Il y a des gens comme ça, très nombreux, qui ont un problème avec l'humour, comme s'il s'agissait d'une dimension qui leur est complètement étrangère. Ils peuvent très bien "saisir" l'ironie, la deviner entre les mots, mais il n'en reste pas moins qu'elle leur échappe. Ou plutôt : ils n'y croient pas. Ni à l'ironie, ni au second degré, ni à la plaisanterie. Tout ça pour eux c'est du bidon. Ce qu'ils y voient ce n'est pas du tout de la blague, mais la révélation de ce qu'on pense réellement. Etendue à la littérature cette suspicion me paraît catastrophique. Ce serait croire qu'il y a derrière tout ce qui s'écrit une Vérité, une et univoque. Et ce n'est pas très gai.

 

 

 

Si j'aime par-dessus tout la jubilation dans les livres (quand ça déboîte joyeusement sans garde-fou), c'est parce que la jubilation me libère du Sens, du Vouloir-dire, de l'Opinion et de la Vérité. Avec la jubilation, on danse enfin pour de bon. Joie pure.

Forcément je suis toujours très attristé quand je constate que ce que j'ai dit dans cet élan insouciant a été pris au premier degré, comme un aveu minable proféré malgré moi derrière un masque de clown.

Par exemple j'ai montré ici il y a quelques jours un dessin où, après le portrait de plus en plus idéaliste que je faisais jusque-là de Manosque, je m'amusais à prendre le contre-pied de mon enthousiasme, révélant soudainement quelques points négatifs de la ville. Je pensais le faire en jouant à l'idiot, pour rire de moi autant que du reste, m'aérer en changeant de masque, changer de rôle pour être drôle.
On m'a très vite fait savoir par mails comments & so on que ma plaisanterie pouvait être prise au premier degré, perçue comme la révélation du fond mesquin de ma pensée de parfait crétin cynique. Aïe. Je suis certain que ces personnes savent comme n'importe qui qu'il n'y a pas de rire sans exagération, il n'en reste pas moins qu'elles sont convaincues que cette exagération n'est pas du tout gratuite, mais révèle le fond de ce qu'on pense. Ah, le fond, le fond...

Autant je me moque de ne pas être compris, autant je n'aime pas sentir que je blesse sérieusement qui que ce soit quand je n'ai jamais rien voulu de tel. C'est pour cette raison que j'ai vite retiré mon dessin de ce blog.

Il ne m'est donc plus possible de continuer à tenir ici, en direct, l'espèce de "chronique de Manosque" que j'avais entrepris . (N'insistez pas, le coeur n'y est plus.) Je croyais pouvoir blaguer "pataphysiquement", au soixantième degré, sans qu'on aille penser que je livrais en réalité des opinions. Fatale erreur.

Avec l'opinion, c'est tout de suite la guerre, la séparation, la colère, le réveil de toutes les susceptibilités. Merci bien. Je ne suis pas un journaliste. Je n'ai pas d'opinion. En tout cas je me garde bien de faire la moindre vague sur ce plan-là. Je n'ai pas besoin d'opinions pour vivre, et quand j'en ai malgré tout, je n'y tiens pas plus que ça. Par contre j'ai besoin de rire pour ne pas m'étioler. J'ai besoin de dire régulièrement des énormités, j'ai besoin de hurler à la lune pour me défouler, j'ai besoin de m'autoriser à faire du mauvais esprit sans avoir de compte à rendre, sans me dire que ça ne se fait pas, que ce n'est pas correct, que je risque de blesser.

 

 

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François Matton
9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 19:29

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François Matton
2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 18:56

Ah Paris ! Paris ! Amour de toujours ! Quel bonheur de te retrouver, quelle joie !

 

Comment ? Que dis-tu ?... "Manosque" ? Eh bien quoi "Manosque" ? Tu ne vas tout de même me faire une scène de jalousie ?! Mais voyons, Manosque ne compte pour rien ! Simple petit satellite de rien. Charmant satellite, oui oui, plaisante rencontre, indéniablement, mais de la à...  enfin !... Comment ? Ce que j'en ai écrit ici-même ? Te quoi ? Te dépréciant au passage ? Mais tout cela n'avait rien de sérieux enfin ! Des phrases en l'air ! De simples caricatures pour avoir un semblant de quelque chose à dire... Tout ça n'a ab-so-lu-ment aucune importance.

Oh, Inépuisable amour, comment as-tu pu douter un seul instant que je puisse ne pas t'être éternellement fidèle ? Allons !

 

 

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François Matton
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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 11:21

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François Matton
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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 09:51

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François Matton
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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 09:27

 

C'est tout de même étrange ce petit état de grâce que j'éprouve depuis que je suis à Manosque... J'ai un peu de mal à en comprendre la véritable cause...

 

 

Certes tout le monde ici est très aimable et charmant avec moi. Certes le silence tangible que je disais tantôt repose profondément. Certes l'air est d'une pureté parfaite. Certes il est très gratifiant d'avoir été invité directement (sans avoir eu à postuler) à venir ici en résidence. Certes il est bon et sain, je le découvre, d'avoir un véritable emploi du temps, c'est-à-dire d'avoir des choses précises à faire, de fixer des rendez-vous, de prendre des engagements et de s'y tenir, etc. Certes recevoir l'équivalent d'un vrai salaire (un salaire normal, le rêve !) pendant deux ou trois mois est une aubaine tenant du conte de fée. Certes il n'est pas désagréable d'être considéré (même si c'est comme un drôle de cas), d'être interrogé, questionné sur ceci et cela. Certes c'est un plaisir immense de constater que mes livres peuvent avoir de vrais lecteurs - de ceux auxquels on ose rêver, saisissant immédiatement non seulement la forme, le jeu, le ton, mais pour qui chaque page semble faire mouche, pour qui chaque dessin, chaque bribe de phrase fait immédiatement écho à une expérience similaire en eux, et qui semble se réveiller aussitôt par résonance magique.

 

Certes certes certes, tout cela ne m'est pas habituel, c'est le moins qu'on puisse dire, pourtant je crois que ce n'est pas tout. Il y a d'autres raisons à cet état de grâce dont je me délecte depuis bientôt un mois. D'abord des raisons un peu rabat-joie (comme d'expliquer platement cet état de grâce par le fait de savoir que je suis ici que de passage, que ce n'est qu'une petite parenthèse dans le cours ordinaire de mon existence - hypothèse triste : la joie ne se lève que dans l'oubli passager de notre condition), mais aussi des raisons "supérieures", autrement réjouissantes - et pas seulement pour moi. Par exemple réaliser chaque jour un peu plus que nous vivons simultanément sur deux plans :

- un plan inévitablement malheureux (celui du moi inconsolable, perpétuellement inquiet, vivant à partir de la peur, du sentiment tragique d'être séparé) et voyant  jamais durablement satisfait)

- un plan inconditionnellement joyeux (celui de la conscience qui se situe en arrière-plan du moi malheureux, autrement dit ce qui est conscient de tout sans s'impliquer en rien, ce qui participe à tout sans être réductible à rien, ce qui voit sans évaluer, ce qui écoute sans commentaire, ce qui sent sans rejeter ni s'attacher...,  bref ce qui en moi n'est que perception pure, directe, avant toute élaboration/appro-priation/ recomposition/déformation).

 

Si je garde à l'esprit qu'en toute circonstance je vis (je suis) simultanément sur ces deux plans, alors je suis sauvé. Je m'ouvre à la possibilité de n'être pas réductible à un individu (une personne forcément tourmentée se sachant mortelle, se sentant séparée de tout, isolée, condamnée à rechercher sans fin ce qui pourtant ne la contentera jamais), façon de permettre à cette perspective révolutionnaire de s'actualiser progressivement en moi, dans mon expérience ce chaque instant. Ce qu'elle fait sans se faire prier, et c'est tout bon.

 

MAIS SINON, AVANT CA, J'AVAIS

UNE REMARQUABLE PRÉDISPOSITION AU MALHEUR

 

Et comment !

Tenez, un souvenir parmi d'autres : l'occasion d'une crise d'asthme, à 8  ou 10 ans, j'ai eu soudain la révélation que nous allions tous mourir bientôt. Je nous voyais déjà tous morts, tous, toute ma famille, tous mes amis, et même ma tortue Jojo. Et je ne trouvais personne à qui en parler. On ne voulait pas m'écouter, jamais. Quand j'essayais, on me répondait aussitôt quelque chose comme : "Va donc plutôt t'amuser avec tes frères, regarde comme ils sont gais, eux !..."

(bien sûr j'invente un peu - ma mère n'était pas bête comme ça -, mais c'est pour faire sens)

 

*

 

J'arrête là. J'espére que tout ceci contribuera à éclairer un peu ce drôle de mystère dont j'ai essayé de parler dans mes 220 satoris... Ce mystère qui fait qu'on peut être simultanément terriblement malheureux et terriblement heureux. La conscience de la joie englobant tout malheur, rien ne peut nous empêcher de la connaître, aucun calamité extérieure, sinon une simple erreur de perspective qu'il est possible de corriger à tout moment.

Voilà la bonne, l'excellente nouvelle !

L'envie de la partager est toute naturelle.

Une occasion pour ça (quel as de la transition je fais) : la rencontre de ce vendredi à la Maison de la poésie (voir ci-dessous).

J'aurais plaisir à vous y voir, plaisir à basculer avec vous dans le satori, pour nous replacer (par-delà nos misères propres qui n'en finiront jamais) sur le même axe vertical rayonnant de joie et d'amour. 

Amen et au plaisir.

 

 

 

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François Matton
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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 11:26

 

Depuis près d'un mois, à la seconde où je me réveille, je m'écrie : « Manosque ! Je suis à Manosque !... », et je me rendors aussitôt, parfaitement comblé de ma journée et de mon sort.

Et si par extraordinaire je me réveille à nouveau avant que le soir ne soit tombé, je pars alors me promener longuement, en ville et alentour, ombrelle en main, avec le merveilleux sentiment d'être très exactement au coeur du monde...

 

 


(Vous m'enviez, n'est-ce pas ? Ah ah, c'est bien normal. Moi-même, à votre place, je m'envierais beaucoup.)

 

 

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François Matton
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 16:05

 

Manosque le dimanche, c'est Manosque au carré. Une expérience stupéfiante.
On se croirait projeté au temps béni de la Grèce présocratique, au temps de Démocrite et d’Épicure. L'ataraxie règne partout avec une pureté saisissante. Dès l'aube on sait que rien, absolument rien, ne viendra la troubler. La ville s'est changée en un jardin d’Épicure absolument désert. C'est stupéfiant. Rien n'y prépare. (Comme on serait bouleversé si cette ataraxie ne nous gagnait aussitôt !)

Vous doutiez de l'éternité, de la grâce, de la béatitude ? Vous n'avez jamais connu l'extase, la transe, le samadhi ? Venez passer un dimanche à Manosque.

 

 

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François Matton
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