Aataa kothe dhaave mana

22 Avril 2014, 11:03am

Publié par François Matton

Aataa kothe dhaave mana

Aataa kothe dhaave mana I tuze charana dekhiliyaa II

Bhaaga gelaa sheena gelaa I avaghaa zaalaa aananda II

Premarase baisali mithi I aavadi laathi mukhaasi II

Tukaa mhane aamhaa joge I Viththala ghore khare maapa II

 

J'ai été béni par une vision
de Vos pieds sacrés, Seigneur.
Où mon esprit ratiocinant peut-il s'égarer à présent ?
Le sentiment d'être séparé de Vous 
a totalement disparu, de même, l'idée
que j'ai un libre arbitre.
C'est la paix.
Joie profonde à étreindre Vos pieds.
La langue jouit de la constante récitation
de Votre nom.

 

Vous êtes silence (exercice de poésie pratique n°6)

17 Avril 2014, 17:31pm

Publié par François Matton

Quelle place pourrait tenir la poésie dans votre vie si vous êtes incapable du moindre silence intérieur ? Je vous le demande un peu. Or, reconnaissez qu'il est bien rare que vous parveniez à faire taire le caquetage saisissant des voix en vous. Ça bavasse à propos de tout et de rien, ça commente tout, ça juge sans arrêt, ça médit de tout, ce n'est pas bien beau. On appelle ça le monologue intérieur, on pourrait aussi bien dire l'enfer intérieur. S’il vous reste un peu de dignité, mettez-y un terme au plus vite. Pour cela, suivez le guide.

Portez votre attention au niveau de vos yeux. Soyez attentif à la sensation, au poids des yeux. Sentez comme ces masses sont lourdes, tendues, compressées. Laissez deux billes de plomb couler de vos orbites. Sentez-les pendre jusqu'à dix centimètres au-dessous de votre menton. Soyez conscient de ces orbites vides. Ayez la sensation de l'espace remplissant ces immenses cavernes.

Quand cette expansion devient effective, évoquez la couleur rouge d'un champ de coquelicots. Laissez agir le rouge, laissez-le rayonner. Ensuite, visualisez la couleur bleue de la Méditerranée. Oubliez la mer, ne gardez que le bleu qui pénètre par les orbites pour remplir la tête, puis tout le corps. Visualisez alors un champ de blé avant la récolte. Gardez ce jaune doré et oubliez le champ. La couleur pénètre la tête et toute la corporalité. Enfin, visualisez le blanc comme une montagne enneigée sous le soleil. Laissez cette lumière s'immiscer dans les orbites, laissez cette blancheur se mêler à l'espace, jusqu'à ce qu'elle devienne transparente. Ressentez l'effet de cette transparence dans tout le corps.

Revenez maintenant à la tête. Les pensées ont cédé la place à la vibration. Votre tête n’est plus qu’une masse vibrante au sein du silence qui la déborde. Soudain vous êtes sans tête. Vous êtes silence. Merveille. Dès lors, tout ce qui apparaît au sein de ce silence est poésie. Merveille au carré.

 

Vous êtes silence (exercice de poésie pratique n°6)

Consultation, drogues et oiseau

14 Avril 2014, 13:33pm

Publié par François Matton

Si d'aventure la fantaisie vous vient de vouloir rencontrer un psychiatre addictologue à Paris (histoire de trouver quelqu'un à qui causer un peu dans la semaine, quand tous vos amis sont au turbin), le problème est qu'il y a de fortes chances pour que vous tombiez sur un bobo (je n'ai rien contre) qui ne jure que par le bio. C'est le cas de celui que j'ai rencontré vendredi. Il m'a conseillé de fumer de l'herbe le soir pour m'endormir plutôt que de compter sur d'autres produits. Surpris, je lui ai demandé la raison de cette recommandation. "Parce que ça n'est pas chimique" m'a-t-il répondu du tac au tac. De là quelques échanges (je passe au style direct).

— Mais tout n'est-il pas chimique en définitive ? Même la fondue de poireau est chimique.

— Hmm... Pourquoi consommez-vous ces drogues ? Qu'attendez-vous d'elles ?

— Qu'elles accélèrent un processus de dépersonnalisation.

— Vous plaisantez ?

— En ai-je l'air ?

— Vous voulez vous débarrasser de votre personne, c'est ça ?

— En quelque sorte. Disons que je veux me débarrasser de l'illusion d'être une personne. Ou, pour être plus exact, je sens comme un appel, comme une force m'enjoignant au réveil.

— Mais vous êtes une personne ! Ce n'est pas une illusion !

— Je respecte vos croyances.

— Mes croyances ?? Mais enfin, c'est une évidence !

— Les prétendues évidences doivent être remises en cause quand elles génèrent plus de souffrance qu'autre chose.

— Ah, voilà ! Vous souffrez ! Vous êtes une personne souffrante !

— Si je m’identifiais à une personne, à un moi, avec toutes les étiquettes identitaires collées sur le front, je souffrirais assurément bien plus que je ne souffre actuellement à travers ce processus de désidentification à l'oeuvre en moi.

— Je ne vois pas en quoi la conscience d'être une personne doit nécessairement générer de la souffrance...

— Oui, on ne le perçoit pas toujours. Mais la moindre identification amène à vivre l'enfer de la séparation et de l'enfermement.

— Curieuses convictions...

— Oui, c'est un peu déconcertant au départ. Mais observez-vous correctement, impartialement, et vous verrez vite que ce n'est pas brillant. D'évidence vous souffrez de croire n'être que vous, c'est-à-dire une personne frustrée qui n'en a plus pour longtemps. Eh oui, ce qui vous fait le plus souffrir est la croyance d'être une personne séparée, agissante dans la monde, menacé par ce monde, coincée dans une histoire poussive et un corps chétif.

— Ouhlala ! C'est tout ? Et d'où tirez-vous ça ?

— De l'observation impersonnelle. On y accède par la pratique de la méditation. C'est souvent un long processus. Certaines drogues sont d’excellents catalyseurs.

— Si votre usage des drogues vous semble bénéfique, pourquoi être venu me voir alors ?

— Vraiment, vous voulez le savoir ? C'est anecdotique, mais si vous y tenez... Voilà, l'autre nuit, mon reflet dans la glace m'a dit clairement : « Lève-toi et marche. Il est temps d'aller porter la bonne nouvelle à tes frères dans la souffrance. » Vous êtes le premier que j'ai appelé.

(Je plaisante, je plaisante...)

 

*

 

 

" Ah oiseau ! " (encre et crayon, 34 X 36 cm, dessin encadré, 450 € - envoi soigné - contactez-moi : frmatton/at/gmail.com)

 

L'arrêt (exercice de poésie pratique n°12)

13 Avril 2014, 09:40am

Publié par François Matton

L'exercice poétique en chef est bien évidemment l'arrêt. C'est l'exercice fondamental, premier et insurpassable. Il est le sésame de l'accès au jardin poétique (un sésame délicat puisque pour entrer, il faut s'arrêterparadoxe qui laissera à coup sûr les gogos empressés sur le seuil). Se décider à le pratiquer régulièrement marque le véritable engagement dans la voie poétique : avant la découverte de ce qu'il révèle, on n'a généralement qu'une idée de la poésie ; avec lui, on en a une expérience. Dès lors, une fois ce pas franchi, aucun retour en arrière ne sera plus possible. Il faudra désormais composer avec la poésie — soit en l'actualisant, soit en la bafouant, mais jamais plus en ignorant sa réalité.

A l'intention des fortes têtes qui ignoreraient encore son principe pourtant simplissime, je rappelle que l'exercice de l'arrêt consiste à s'arrêter. Oui, s'arrêter, tout simplement. Autrement dit, cesser soudainement de faire quoi que ce soit. Voici un exemple : alors que vous êtes en train de manger des raviolis, vous cessez soudainement de manger des raviolis. Voici un autre exemple : alors que vous courez dans le métro, vous cessez soudainement de courir dans la métro. C'est aussi simple que ça. Action / cessation de l'action : voilà en quoi consiste l'arrêt. Car, aussi invraisemblable que ça puisse paraître pour qui n'a jamais pratiqué cet exercice, il est bel et bien possible à tout moment de s'arrêter de faire ce que l'on est en train de faire. Il suffit de s'interrompre, c'est-à-dire suspendre d'un coup tout mouvement, tout élan, tout affairement, toute projection. Juste s'immobiliser. Bloquer le devenir. La seule difficulté est de ne pas penser aussitôt aux conséquences de cette interruption. Ne pas penser "mes raviolis vont refroidir", ne pas penser "je vais me retrouver à Saint-Anne". Non. S'en tenir à l'arrêt, tel un chien de chasse figé comme pour l'éternité, et que nulle anticipation ne vient contrarier.

Tenter de dire ce que révèle l'expérience de l'arrêt est la grande affaire de la poésie. Elle seule, grâce à son si singulier langage, peut réussir à mettre des mots sur l'implosive révolution de l'arrêt. Toute le reste ne serait que vain bavardage, je vous en fais grâce.

 

Bandes bristol

6 Avril 2014, 11:40am

Publié par François Matton

(P., ta boîte mail est saturée - fais quelque chose sinon j'envoie la police)

Lors de la chaleureuse rencontre avec Catherine Pomparat, vendredi, rue Montorgueil, j'ai montré quelques-uns de mes tout premiers "dessins avec texte". Je sortais à peine de l'école des Beaux-Arts, tout était encore possible... (tout l'est encore, sûrement, mais... —bon, non, rien). Voici :

 

 

Rencontre remue vendredi 4 avril : François Matton

26 Mars 2014, 09:52am

Publié par François Matton

 

vendredi 4 avril 2014

Écrire et dessiner : les pratiques énamourées de François Matton.

  Sieste, 31 Janvier 2014, 18:09 pm | Publié par François Matton, NI CECI NI CELA

 

Dans le cadre des rencontres remue.net et en collaboration avec La Scène du Balcon, suite aux huit « ballades énamourées » publiées dans la série « dessins en suspension et ressorts d’écriture », Catherine Pomparat propose une rencontre avec François Matton.

Les livres dessinés et écrits de François Matton, publiés aux éditions P.O.L, sont « une invitation à entrer dans une relation amoureuse avec ce qui nous entoure ». 
C’est autour de cette relation que tournera notre conversation devant un choix de poèmes dessinés vidéoprojetés au mur.

Trois figures mises en fiction : « case vide », « pénombre », 
« main de lecture » établiront une tête de pont à nos tribulations.

Cette rencontre peut être accompagnée en amont par la lecture du « dossier François Matton » ouvert surremue.net.

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La rencontre aura lieu le vendredi 4 avril 2014 à 20 heures au Centre Cerise : 46, rue Montorgueil 75002 Paris (M° Sentier ou Les Halles).

Entrée libre et gratuite.
Réservation au 01 42 96 34 98 ou par mail : scenedubalcon3(at)aol.com.

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